Mobilisation contre la Ligne à Grande Vitesse Bordeaux – Dax – Toulouse. 

Par Elisa Perez

Le week-end du 11 au 13 octobre, les opposants au GPSO (Grand Projet de construction ferroviaire du Sud Ouest) se rassemblent en Gironde. Certains rejoignent le campement établi à Lerm-et-Musset, tandis que d’autres rallient le convoi-vélo traversant la ville de Bordeaux. Plus de 1500 personnes se mobilisent durant les trois jours. Des militants venus de toute la France et d’Europe, notamment des lieux de luttes voisines que sont les projets d’autoroute A 69 Castres – Toulouse , de liaison ferroviaire Lyon – Turin et de méga-bassines en Poitou-Charentes.

Une mobilisation anti-LGV au départ de la gare de Cadaujac en avril 2024, organisée par le collectif LGV Non merci. © Crédit photo : Archives Jean-Maurice Chacun / SO

À Lerm-et-Musset, plusieurs types d’actions sont présentés. Les militants peuvent choisir la forme d’engagement qui leur convient le mieux. Dans le camp, des renforts sont les bienvenus : cuisiniers pour préparer les plats végétariens, baby-sitters pour délester les parents de la garde de leurs petits, médecins apportant des premiers soins et un soutien psychologique, techniciens s’occupant de la sono… Si les participants le sentent, ils peuvent prendre part à des jeux de différentes intensités prévus dans la journée de samedi. Il y a le “Dixit-Naturaliste”, un jeu calme qui convie à une balade naturaliste, à la découverte de la faune et flore sauvage locale menacée par le projet de construction ferroviaire.

Le “Golden Rail” propose des actions de tag pour passer des messages d’opposition au projet et de soutien aux TER dans les environs. Ou encore le “Giga-Kapla” qui consiste à traverser la forêt Landaise pour rejoindre un point du tracé de la LGV Bordeaux – Toulouse et y mener une action. 

Pendant ce temps à Bordeaux, le samedi également, un convoi-vélo appelé “vélorution” prévoit de déambuler dans la ville et de rejoindre la gare Saint-Jean dans une ambiance festive pour déployer des banderoles et prendre la parole afin de dénoncer les enjeux sociaux et environnementaux du projet. La manifestation sur pédales est la seule interdite du week-end.

Kapla, Mille Bornes, Dixit… La protestation a pris la forme de jeux. Photo AFP/Thibaud Moritz
Construction de la structure en bois près du tracé de la future LGV près de Lerm-et-Musset, le 12 octobre 2024 Photo : SC/Rue89 Bordeaux

Le jeu “Giga-kapla” une aventure stratégique et joyeuse 

À Lerm-et-Musset, c’est le “Giga-kapla” qui séduit le plus gros du monde. 1 000 aventuriers s’élancent sur les chemins de sable landais et parcourent la forêt de pins durant 1h30. Ils traversent le Ciron sur un pont improvisé en palettes pour garder les pieds au sec. La balade se déroule dans une ambiance joyeuse accompagnée de chants scandés par les militants tels que “ j’ai deux passions, la fanfare, la révolution ; vive les blocages , les sabotages ; les ZAD et les manifs sauvages ! ” et de slogans comme “ no passarail ! ” .  Arrivés sur place, un groupe s’attelle à la construction d’une vigie en bois dans le but d’observer l’avancée des travaux dans la vallée. Le reste de la troupe s’occupe de diverses façons : certains s’offrent une sieste bien méritée, d’autres chantent et dansent autour d’un guitariste, disputent une partie de cartes ou écoutent les militants les plus engagés raconter l’histoire de la lutte locale contre la LGV.

Des tensions émergent entre le gendarme Gilles R et un petit groupe de militants anonymes 

Au cours du jeu “Giga-kapla”, un gendarme venu s’aventurer bien près du lieu où les militants construisent la vigie s’est embourbé dans le sable avec sa voiture. Il essaie d’empêcher les militants d’approcher en lançant quelques grenades lacrymogène mais cela ne suffit pas à les dissuader. Alors il décide d’abandonner la voiture et de détaler. Dans la hâte, il pense à prendre son arme de service mais oublie son téléphone personnel. 

Les militants réquisitionnent le matériel du gendarme, brisent les vitres du véhicule et tangent sur une façade : “ça c’est pour l’hélico”. Un écriteau qui fait écho à la nuit précédente, de vendredi à samedi entre 3h45 et 4h30. La gendarmerie a envoyé un hélicoptère survoler le campement où se trouvaient les militants durant presque 1h dans le but de les empêcher de dormir. Au menu, phares éblouissants et sirènes stridentes. Un tapage nocturne illégal orchestré par les forces de l’ordre. L’expérience est vécue comme une torture psychologique pour de nombreux militants. 

Pompon sur la Garonne, le gendarme qui a égaré son téléphone n’a pas de code de verrouillage. Des militants, ne manquant pas de répartie et d’humour, décident de publier un post sur le Facebook personnel du gendarme dont ils connaissent désormais le nom : Gilles R. Sur celui-ci on lit : “trop fort les black blocks, je démissionne, vivre le communisme, répandre l’anarchisme”. 

De retour au camp de Lerm-et-Musset, le samedi soir, les militants célèbrent leurs accomplissements dans une ambiance festive de concerts avec une petite pensée pour “Gilou”. Le lendemain, dimanche, la journée prend un ton plus calme. Les participants assistent à des conférence qui approfondissent les enjeux de la lutte et puis participent au rangement du camp. 



LES CHIFFRES : 

Pourquoi s’opposer au projet de ligne à grande vitesse Bordeaux – Dax – Toulouse ? 

Le collectif LGV NON MERCI qui dénonce le projet met en avant le coût exorbitant de la ligne qui coûterait 14 milliards d’euros. À titre comparatif, l’A69 coûte 450 millions. L’argent va provenir du “financement conjoint de l’État (40%), des collectivités qui prélèvent une taxe supplémentaire auprès des habitants (40%) [appelée taxe spéciale sur les équipements (TSE)], et de l’UE (20%) qui n’a pourtant jamais confirmé prendre sa part” (site LGV NON MERCI). Un arrêté publié le 31 décembre 2023 au Journal Officiel précise que 2 340 communes sont concernées par la taxe TSE. Des riverains qui ne profiteront pas de la construction puisqu’elle ne fera pas de petits arrêts. C’est de l’argent  enlevé à d’autres secteurs comme la santé ou l’éducation. “Pour donner un ordre d’idée, construire 1 km de LGV coûte autant d’argent qu’ouvrir 1 collège ou 20 crèches” dit un militant anonyme présent sur place. Le projet est décrié sur le plan social et économique mais également sur le plan écologique : il va détruire près de 5 000 hectares de terres dont de nombreux sites classés Natura 2000. Selon l’activiste écologiste Marie Chureau : “c’est le projet actuel qui artificialise le plus de surface et ça ne va pas limiter le trafic aérien. Par exemple, la LGV Bordeaux-Paris n’a pas fait diminuer les vols, il est même prévu d’agrandir l’aéroport de Bordeaux”. Le projet scandalise également sur le plan climat : selon LGV NON MERCI “le chantier de ce projet aura émis, avant que le premier train ne roule, plusieurs millions de tonnes de CO2 dans l’atmosphère et nous aura privé de 2850 hectares de forêt,  reconnu comme puits de carbone”. Cette ligne ne répond pas à un besoin des habitants mais d’une poignée de métropolitains qui voyagent à Paris plusieurs fois par semaine. Ce n’est pas non plus une grande nécessité pour les quelques personnes concernées puisqu’une autre ligne existe déjà. La nouvelle construction ferait économiser une vingtaine de minutes par rapport au trajet précédent. À ce jour, à part l’argument du léger gain de temps, aucune étude ne justifie un besoin de cette LGV.