Ciné’Mood – La vie criminelle d’Archibald de la Cruz

Par Louise Pairaud

Je l’avais annoncé dans le numéro 0, je m’en excuse, je ne peux pas tenir une rubrique cinéma et ne pas parler classique. Mon but est de donner envie aux lecteurs-trices de voir les films dont je parle, eh bien moi, j’aime les vieux films, alors vous n’y échapperez pas. Même si certains buteront face au noir et blanc, je tiens à déclarer avant tout que : non, tous les vieux films ne sont pas longs et ennuyeux. La Passion de Jeanne d’Arc (1928) de Dreyer, possède un rythme très rapide et dynamique, il en est de même pour le film de cet article (plus récent, 1955, Mamie était jeune).

La vie criminelle d’Archibald de la Cruz, au-delà de son nom beaucoup trop long, possède le meilleur pitch qui puisse exister – selon mon point de vue totalement objectif – : un homme tente désespérément de tuer les femmes qu’il désire, en vain, car elles meurent toutes avant l’acte prémédité. Sans vous en dire plus, ce film, réalisé, et écrit – inspiré du roman Ensayo de un crimen de Rodolfo Usigli – par le grand Luis Buñuel, témoigne, comme le reste de sa filmographie, de névroses et pulsions, à travers un regard psychanalytique. Chez Buñuel, quand le réalisme n’est pas social, il est clinique – je recommande ici l’excellent film El (1953), sur l’emprise paranoïaque d’un homme sur sa femme. Tout cela est bien sûr orné de surréalisme, faisant de ces films de véritables rêves.

La musique joue un rôle prédominant dans ce film, elle n’est pas seulement illustrative, mais s’inscrit dans une logique de “musique- matériau” (comme nommé par le compositeur et théoricien du son Pierre Schaeffer). La boîte à musique, source de la mélodie du désir pulsionnel, est distordue, devenue pulsion destructrice.

Le fantasme de la femme-objet prend corps dans les mannequins (motif récurrent du surréalisme), et poterie, qu’Archibald se contente de faire, poussé par sa frustration sexuelle.

Hors scénario, le film est d’une ingéniosité visuelle caractéristique des films de Buñuel : prenons pour exemple la fumée, symbole d’un obscur objet du désir, utilisée dans plusieurs surimpressions, dont je suis personnellement très friande.

Pour s’en rendre compte, il ne suffit pas de regarder ces ridicules petites images, il faut voir ce film. Mais bon, si vous refusez de me croire, ou de m’écouter, mon pouvoir de conviction n’y peut rien.

C’était Ciné’Mood, bisou.