Entretien avec Stefanie Zeidler, Consule générale d’Allemagne à Bordeaux

Par Samuel Freudenthal

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Stefanie Zeidler est une diplomate dotée d’une carrière riche et variée, étalée sur plusieurs continents. Elle revient dans cet entretien sur son engagement, son intérêt pour la culture, ou encore les enjeux de la relation franco-allemande.

Stefanie Zeidler

Comment vous êtes-vous engagée dans la diplomatie ?

Travailler à l’étranger m’a toujours beaucoup intéressé. Il y eut un peu de hasard dans le fait de s’engager pour une carrière diplomatique. J’ai fait un concours, où j’ai été acceptée. Il faut savoir que la fonction diplomatique et consulaire appartient à un même groupe. Actuellement, je suis Consule générale, mais je pourrais très bien une prochaine fois, s’il y a prochaine fois, être ambassadrice.

Quelles ont été vos études universitaires ? Quelles leçons avez-vous pu tirer de ces années académiques ?

Mes études étaient plutôt linguistiques, et sociohistoriques. Ce que j’en ai retenu, c’est le fait d’analyser, mais aussi certainement de communiquer, d’utiliser la langue afin d’expliquer des choses, de les transmettre. Cela joue un rôle primordial dans la diplomatie, c’est une chose que l’on fait tous les jours, même si cela diffère en partie dans la fonction consulaire. Néanmoins, quand on travaille pour le Ministère, c’est ce que l’on fait. On analyse certaines situations, on les exprime, on prépare des dossiers pour les ministres, les responsables. Les grandes leçons de mes études se retrouvent donc dans cela : l’analyse, la communication, la transmission.

Comment s’est déroulée votre carrière professionnelle ?


La carrière d’un diplomate s’apparente à celle d’un généraliste. Cela signifie que la carrière classique n’est pas spécialisée sur certaines régions, certains thèmes ou dossiers. J’ai travaillé en Amérique latine, j’ai vécu en Afrique du Sud, aux États-Unis, et je suis maintenant en France. L’idée derrière cela est de faciliter des expériences assez diverses, tant en termes de région du monde qu’en termes de missions. En tant qu’ambassadeur, il faut avoir des connaissances dans diverses matières. Être trop spécialisé dans un domaine, comme la culture, la sécurité, l’économie peut rendre les choses difficiles dans le milieu de la diplomatie. Comme je l’ai dit, j’ai travaillé dans des pays assez hétérogènes, avec des tâches souvent de nature différente. La seule exception fut à Berlin au Ministère, ou j’ai presque toujours travaillé à la direction des Affaires des Nations Unies. Néanmoins, même là, les dossiers demeurent vastes et variés. Ce fut cependant une forme de spécialisation que j’ai pu avoir.

Et en tant que Consule générale d’Allemagne à Bordeaux aujourd’hui, comment appréhendez-vous la relation franco-allemande ?

En tant que Consul général, nous ne travaillons bien évidemment pas sur le niveau politique, les relations entre les États n’étant pas de notre responsabilité. Pour autant, ce qui reste surtout important dans les relations francoallemandes sont les relations liées à la citoyenneté, à la société civile, que ce soit dans la sphère culturelle ou économique, ou bien encore des liens créés par des jumelages. En tant que Consule, je vois mon rôle comme celui de renforcer et de soutenir ces relations à ce niveau là. Nous venons par exemple de célébrer le 60ème anniversaire du jumelage Bordeaux-Munich, ce qui est une chose que j’ai essayé de communiquer, de relayer publiquement. Mon rôle tient donc en la création et en le renforcement de nouveaux liens, non pas politiques, mais bien liés à la société civile. Je dis toujours que mon rôle est de faire de la publicité pour l’amitié franco-allemande.

Vous avez endossé le rôle de conseillère culturelle, que ce soit au sein de l’ambassade allemande à Brasilia, ou bien du consulat à New York. Quelle est votre vision de la culture allemande/germanique ?

C’est une question intéressante. Ma vision de la culture allemande est celle d’une culture ouverte, qui facilite la création de ponts entre les peuples et les nations. C’est pour cela que le rôle d’attaché culturel m’a beaucoup plu. Même ici, je dirais que le dossier culturel est celui qui me tient le plus à cœur, puisque c’est celui par lequel on peut atteindre une forme de compréhension mutuelle entre pays. Quand on travaille en Europe, c’est essentiel. La culture allemande comme la culture française fait partie des cultures européennes, qui entretiennent beaucoup de liens, et connaissent beaucoup de rapprochements. C’est là aussi peut-être mes études historiques qui m’aident : si l’on regarde, au XIXème siècle, qui est un écrivain ou compositeur français, allemand, ou bien polonais, on constate que les nations s’entremêlent beaucoup. La culture est donc un dossier où l’on peut trouver beaucoup de choses que l’on a en commun, où l’on peut se rencontrer.

Comment avez-vous accueilli la nouvelle de la fermeture du Goethe Institut de Bordeaux ?

Bien naturellement, en tant que Consule générale, la fermeture de l’Institut Goethe à Bordeaux a pu faire beaucoup de mal, on ne peut pas le nier. Mais cette décision fut prise complètement hors de ma portée, de mon influence, et cela n’a vraiment rien à voir avec la présence de l’Allemagne en France. C’est une transformation mondiale de l’Institut Goethe. Ce moment ne m’a tout de même pas rendue heureuse. Mais dès l’annonce de la fermeture, j’ai mis toute mon énergie pour préserver ce lieu d’échange culturel franco-allemand. Il n’y a pas encore eu de décision prise quant au futur de notre bâtiment à Bordeaux. Néanmoins, tant que je suis là, je fais de mon mieux pour engager des activités culturelles, des rencontres, des échanges. À ce titre, je suis reconnaissante et impressionnée par l’action de la société civile à Bordeaux, qui est représentée notamment par Achtung Kultur!, qui fait preuve de beaucoup de présence, que j’essaie de soutenir le mieux possible. C’est la volonté et la dynamique de la société civile qui a donc permis une forme de continuation dans l’activité culturelle au Consulat, bien que celle-ci ne remplace pas l’Institut Goethe, qui est une structure permanente, et professionnelle. Mais étant donné qu’Achtung Kultur! est une association bénévole, ce qu’ils font est vraiment impressionnant.

Quelles sont les initiatives franco-allemandes à suivre en tant qu’étudiants ?

Les activités à suivre dépendent des intérêts des étudiants. Pour ce qui est des opportunités de s’engager en tant que jeune, l’association Achtung Kultur! et le Consulat sont assez ouverts, et prêts à soutenir des initiatives. S’il y a des dossiers, des thèmes qui vous intéressent, il y a une grande possibilité de s’impliquer dans ce chantier-là. C’est là tout l’intérêt de l’association, puisque les activités sont très diverses, entre les ciné-club, les séries de lectures linguistiques, ou encore les expositions, parfois réalisées par des professeurs d’allemand et pour les professeurs d’allemand : le champ est vaste. L’équipe de l’association serait ravie de connaître vos intérêts. Aussi, le Consulat organise régulièrement des tables rondes avec les différents partenaires, comme la Maison de l’Europe. On a aussi travaillé plusieurs fois avec des groupes d’étudiants de Bordeaux-Montaigne. Le lieu est aussi ouvert à vos idées, à vos initiatives, et nous sommes partants pour les mettre en place.

Quels points différents, selon vous, entre les fonctions diplomatiques françaises et allemandes ?

Une grande différence serait déjà notre système d’Éducation Supérieure : il n’y a pas de grandes écoles chez nous. Parmi mes collègues, il y a toutes sortes de formations. Je connais des gens qui ont fait médecine, biologie, agriculture, ou encore théologie à l’université avant de rejoindre la fonction diplomatique, même si les profils de juriste et d’économiste demeurent nombreux. Il n’y a pas de préparation universitaire préalable qui amène aux carrières diplomatiques. Je dirais donc que nous sommes plus ouverts. Pour autant, dans les fonctions sur place, peu de choses changent. Je n’ai pas encore bien compris depuis la réforme de la fonction diplomatique et préfectorale comment se fait l’accès à la profession, puisqu’il n’y a apparemment plus de carrière exclusive de diplomate en France. A contrario, en Allemagne, c’est assez limité : si l’on est diplomate, on est diplomate, sans avoir la possibilité de recevoir d’autres affectations hors de nos fonctions, et inversement.

Quelles sont les principales caractéristiques de la mission consulaire ?

La première mission du consulat est de s’occuper des ressortissants allemands dans la région. Hormis cela, c’est une mission assez vaste, qui consiste à renforcer et promouvoir toutes les actions de la société civile dans la culture, l’économie ou la science. Il convient aussi d’ouvrir de nouvelles pistes, non pas dans le milieu de la politique, mais dans tous les autres dossiers. Il faut aussi travailler avec tous les représentants allemands, comme l’école allemande à Toulouse, l’Institut Goethe, même si son antenne ici a fermé, les entreprises franco-allemandes, les associations de jumelage… Il faut aussi assurer la commémoration. La culture de la commémoration existe en France, et c’est un élément essentiel du dossier consulaire, duquel je ne m’étais pas rendu compte avant. L’éducation civique est importante, et j’y ai un rôle à jouer.

Que diriez-vous à un jeune qui s’intéresse aux métiers de la diplomatie ?

C’est un métier fascinant, duquel j’ai beaucoup profité. Il est agréable d’avoir constamment de nouvelles expériences : on a tout le temps de nouveaux dossiers, de nouveaux rôles, de nouvelles régions, cultures et langues à apprendre. La facette des échanges, des rencontres, est centrale, et est également très attractive. En revanche, il faut se rendre compte qu’il faut déménager tous les quatre ans. Au début quand on est jeune et que l’on n’a pas fondé de famille, cela ne pose pas de problème. Par la suite, partir n’engage plus seulement moi, mais aussi mes proches, mes enfants. On est assez souvent loin de tout le monde. En ce sens, il faut bien réfléchir à si l’on est prêt à cela. Pour moi, cela a bien fonctionné. Pour mes enfants également. Il faut néanmoins en être certain.

Consulat d’Allemagne à Bordeaux