Les doubleur·ses doublé·es par l’IA ?

Par Ferelloc Lou, L1 sociologie

De nombreux films du monde entier sont projetés dans les salles de cinéma françaises, cela est possible grâce au travail des doubleur·ses. L’outil principal des doubleur·ses est leur voix, celle-ci est un mégaphone d’émotions et de passion. Cependant, nous sommes dans une ère régie par l’intelligence artificielle, cette dernière s’implante dans les sciences, la santé et l’art, notamment dans le doublage.

L’arrivée de l’IA dans le paysage médiatique suscite de nombreuses réactions et controverses. Dans une interview délivrée pour Konbini en septembre 2025, Christian Clavier a notamment pris parti en faveur de l’IA dans le doublage, il avance : « Alors, c’est désolant pour les doubleurs, mais il faudra qu’ils se reconvertissent dans autre chose. ». Il en vient même à comparer l’évincement des doubleur·ses français·es par l’IA au passage de la télévision du noir et blanc à la couleur.

Cette prise de parole a suscité des réactions négatives et une indignation chez les doubleur·ses et comédien·nes français·es. En octobre 2025, Brigitte Lecordier, connue pour son doublage de Son Goku (Dragon Ball) et Patrick Kuban en tant que voix de RTL2, ont pris ensemble la parole publiquement afin de répondre à Christian Clavier. « On était scandalisés et on a trouvé ça indigne de sa part », dénonce Patrick Kuban. Brigitte énonce aussi : « c’est un manque de respect, de son métier même […] lui, Christian, il crée quelque chose. Nous, on crée quelque chose. Mais l’IA ne crée rien, l’IA ne va faire que reproduire ce que lui a fait, ce qu’on a fait en moins bien. »
Le collectif « TouchePasMaVF » dont font partie Brigitte Lecordier et Patrick Kuban, a lancé une pétition dans le but de diffuser une prise de conscience générale et d’alerter l’État afin de réguler les développements de l’IA dans le domaine du doublage, mais aussi de « protéger les artistes, les œuvres, la culture et l’emploi. ».

La réutilisation des voix de doubleur·ses disparu·es est une option envisagée par de nombreux studios. James Earl Jones (voix de Dark Vador dans Star Wars) avait donné son accord pour l’utilisation de sa voix après son décès. Cependant, cette pratique n’est pas toujours couronnée de réussite, en effet d’autres polémiques ont fait surface sur les réseaux sociaux, notamment sur X lorsque la voix d’Alain Dorval (voix française de Stallone), décédé en février 2024, a été « ressuscitée ». Sa fille Aurore Bergé a dans la foulée pris la parole sur X : « j’ai donné mon accord pour un essai. Uniquement un essai. Un accord me garantissant strictement que ma mère et moi-même serions en validation finale avant toute utilisation/publication. Et que rien ne pourrait se faire sans notre accord. Je découvre… Sur X que cet engagement n’est pas respecté ».

Le doublage permet de rendre le cinéma vivant, de transmettre une émotion, il ne s’agit pas simplement de lire, mais de jouer, d’interpréter et de transmettre au public, les doubleur·ses sont avant tout des comédien·nes. Ces dernier·es font partie d’un plateau important puisque 15 000 personnes travaillent dans le doublage et 85 % des entrées au cinéma se font en VF. Remplacer les doubleur·ses français·es par l’IA entache la culture et met au chômage des milliers de comédien·nes.

Les voix qui ont bercé notre enfance sont menacées, les souvenirs qu’elles ont créé seront inconnus des nouvelles générations, alors n’attendez plus, la pétition créée par TouchePasMaVF est un levier pour sauver la culture.