Tout ce qui brûle finit par s’éteindre, rencontre avec Thomas Cesbron

Par Andgel Badard–Abansés, L2 droit

À 21 ans, Thomas Cesbron mène plusieurs vies à la fois : étudiant en master d’urbanisme, comédien au conservatoire, ancien étudiant parti au Québec, il est aussi l’auteur d’un premier livre inspiré d’une histoire d’amour. Tout ce qui brûle finit par s’éteindre est un récit intime, brut, traversé par l’amour, le voyage et la vulnérabilité. Nous l’avons rencontré pour parler de premier-amour, d’écriture, de militantisme et de solitude.


Pour commencer, peux-tu te présenter ?
Je m’appelle Thomas Cesbron, j’ai 21 ans. Je suis originaire d’Angers et je suis arrivé à Bordeaux pour mes études. J’ai fait un BUT Carrières sociales, parcours Ville et Territoire Durable — en gros de l’urbanisme, mais par le prisme social, en travaillant avec les acteurs associatifs et les collectivités. Ensuite, je suis parti un an au Québec pour terminer ma troisième année. Et là, je viens d’entrer en master 1 d’urbanisme et aménagement à l’Université Bordeaux Montaigne. En parallèle, je fais du théâtre depuis dix ans mais jamais de façon aussi intensive. Je viens d’entrer au conservatoire en cycle 3 parcours improvisation et écriture de plateau, ça me prend entre 13 et 14 heures par semaine. Entre le travail au conservatoire et personnel, en plus du master… donc oui, c’est intense !



Le théâtre, c’est une passion ou un projet de vie ?
Les deux. J’aimerais faire du théâtre ma vie, sincèrement, mais c’est compliqué. Alors pour l’instant je mène deux chemins en parallèle, mais à un moment, il faudra choisir.
Cela dit, je ne vois pas ces parcours comme incompatibles : l’art et l’urbanisme peuvent se croiser : médiation culturelle, projets artistiques dans l’espace public… Rien n’est inutile. Tant que j’aime ce que je fais, je continue.

Comment est né ton livre, Tout ce qui brûle finit par s’éteindre ?
Je n’avais aucune vocation d’auteur, j’aimais lire, oui, mais écrire un livre me semblait insurmontable. Tout est parti d’une histoire d’amour : une relation forte, intense, mais condamnée. Je savais que je partais au bout du monde et elle de l’autre, ainsi nous avons décidé de mettre un terme à notre histoire.
Quand j’ai appris mon départ, j’ai voulu lui écrire une lettre, lui dire tout ce que je n’avais pas su dire, faire le point sur l’avant, le pendant et ce qui allait devenir après. Je suis parti seul en stop à Saint-Sébastien pour écrire, les pages se sont accumulées et à un moment, je me suis dit : ce n’est plus une lettre, c’est un livre.

Tu l’as écrit rapidement ?
En quatre mois, j’avais une première version. Je l’ai imprimé en quatre exemplaires : un pour moi, un pour elle, et deux autres dont un que j’ai même brûlé au Québec. Au départ, ça s’arrêtait là. Puis, après la rupture définitive, j’ai relu le manuscrit, je me suis dit que ce serait dommage qu’il ne parle qu’à une seule personne, si ça pouvait toucher ne serait-ce qu’un lecteur de plus, c’était déjà gagné. J’ai retravaillé le texte : ajouté du contexte, anonymisé, romancé. Ce n’était plus notre histoire, c’était celle de Victoire et du narrateur.

Le récit est écrit à la première personne. Comment as-tu travaillé cette frontière entre autobiographie et fiction ?
Le “je” m’a longtemps dérangé, j’avais l’impression d’être trop auto-centré. Puis, je me suis dit : on a tous un “je”, on a tous une histoire. C’est librement inspiré de ma vie, mais il y a beaucoup de fiction : des choses ont été supprimées, d’autres transformées, le “je” est un prisme, pas un miroir parfait. Et puis le “je”, ça transperce davantage, même si le lecteur·ice n’a pas vécu la même chose, il·elle peut le ressentir.

Certains passages ont-ils été difficiles à assumer ?
Oui parce que c’est intime, je l’ai écrit dans la passion, dans l’urgence, c’était viscéral.
Publier c’est se rendre vulnérable, tu livres tes émotions, ton rapport aux autres, c’est presque se mettre en pâture. Mais en même temps, je dis au début du livre qu’il ne m’appartient plus : une œuvre, une fois offerte, devient celle des lecteur·ices.

Le livre tourne autour d’un premier amour. Quelle place occupe-t-il encore aujourd’hui ?
Je pense qu’on garde toujours une forme d’amour pour son premier amour, même si elle change. Le premier amour, c’est violent, ça te prend aux tripes. C’est comme un “bad trip” : tant que tu ne l’as pas vécu, tu ne peux pas comprendre. C’est beau et brutal à la fois, tu donnes ton cœur en disant : “Vas-y, fais-en ce que tu veux.”, c’est fou !

Le voyage occupe une place centrale dans le récit. Pourquoi ?
Parce que le narrateur fuit. Il pense que ses problèmes viennent des autres, alors il part. Mais, à chaque fois, il revient avec d’autres questions : le voyage devient une tentative de réponse qui ne résout rien. J’aime le stop, c’est imprévisible, ça pousse à la rencontre, on considère la route comme partie intégrante du voyage. D’ailleurs, le titre vient d’une phrase entendue en stop, un homme, Christophe, nous a dit : “Les gens qui s’énervent finiront par se calmer. Tout ce qui brûle finit par s’éteindre.” À ce moment-là, ça m’a rassuré, je faisais le parallèle avec ma relation : même si la douleur était insoutenable, elle finirait par s’apaiser.

Tu as créé une playlist associée au livre, quel rôle joue la musique dans ta vie ?
La musique était partout dans cette relation, en écrivant, j’en écoutais constamment : chaque chapitre a sa chanson. 90 % des morceaux, je ne les écoute plus aujourd’hui, mais ils sont liés à cette période, ils sont la bande-son de cette histoire.

Est-ce que tu as des influences littéraires ?
Oui, énormément. Fyodor Dostoïevski m’a marqué, notamment Les Nuits Blanches et Les Carnets du sous-sol, on retrouve une forme de névrose chez mon narrateur. Jack Kerouac avec Sur la route m’a influencé dans le rapport au voyage brut, presque fiévreux. Au théâtre, On ne badine pas avec l’amour d’Alfred de Musset m’a bouleversé. Et plus récemment, Un jour tu mordras la poussière de Panayotis Pascot pour son écriture autobiographique, crue, sans élitisme.

Ton livre laisse transparaître une dimension militante, est-ce volontaire ?
Oui, pour moi, l’art est politique. On est plus bouleversé par un film ou une chanson que par un tract politique. L’art est accessible, il touche autrement.
J’aimerais écrire sur ma génération, sur nos défis, nos luttes, toujours à partir du personnel, puis en romançant.

Tu n’as pas peur de te livrer ainsi, de manière aussi personnelle ?
Si, énormément. Mais c’était sincère, et on ne peut pas reprocher à quelqu’un d’être sincère : si même une seule personne est touchée, c’est déjà immense.

Quel conseil donnerais-tu au narrateur d’il y a deux ans ?
Sois moins dur avec toi-même, apprends à t’aimer sans dépendre du regard de l’autre. Ne fuis pas, ça fait mal, et c’est normal mais la douleur est nécessaire pour s’en sortir.

Un mot de la fin ?
On n’est jamais vraiment seul, même quand il n’y a personne autour, il y a nous. Et osez, dites ce que vous avez à dire, faites ce que vous avez à faire. Tant que vous ne faites pas de mal aux autres, personne ne pourra vous reprocher d’être sincère. On n’a qu’une vie !