Par Loup Folie–Lançon, L3 Géographie sociale et politique (@loup_lfl)
Le 8 février dernier, Bad Bunny a non seulement marqué l’Histoire avec un grand H, mais il en a aussi livré un témoignage émouvant. Ainsi, de nombreux éléments de la richesse de Puerto Rico sont apparus pendant le show, que ce soit par un décor envahi par les herbes hautes, par la présence du Caribbean Social Club, un bar très réputé sur l’île, ou encore par la performance du guest mondialement connu Ricky Martin. Mais en tant que géographe, c’est surtout le drapeau brandi par le chanteur qui a retenu mon attention.
Mais qu’a-t-il de si spécial ?
En réalité, seul le triangle bleu du drapeau change. Comme on a pu le voir, son bleu ciel tranche avec la teinte foncée qu’on lui associe d’habitude. En réalité, le drapeau du Super Bowl renvoie aux mouvements révolutionnaires cubain et portoricain de la fin du XIXème siècle. À partir de 1948, une loi bâillon (loi qui réprime la liberté d’expression, ndlr) interdit à quiconque d’avoir ce drapeau chez soi ou de l’acheter.
Plus encore, cette loi va également interdire aux habitants de chanter ou même de siffler des chants critiquant les États-Unis. Ce changement est entériné par l’adoption définitive du drapeau de Porto Rico en 1952, composé du même bleu que celui du drapeau nord-américain en signe d’allégeance. Ces mesures donnent les pleins pouvoirs au gouvernement américain sur l’île.
La manière dont il apparaît pendant le concert est également symbolique : d’abord dépassant des herbes hautes, il est ensuite tenu par l’artiste et filmé en contre-plongée, ce qui lui donne une valeur héroïque. Enfin, le drapeau est brandi au milieu de poteaux électriques en panne, ce qui fait écho à l’inaction quasi-systématique de l’administration Trump face aux nombreuses coupures de courant de la région.
Bad Bunny honore donc le mouvement révolutionnaire, qui occupe toujours une partie importante de la population, au milieu d’une Amérique profondément fracturée et ici dénoncée pour son manque d’action.
Enfin, ce drapeau est aussi mentionné pendant la chanson “La MuDANZA”, que l’on peut traduire par “le déménagement” ou “le changement” :
“Aquí mataron gente por sacar la bandera
Por eso es que ahora yo la llevo donde quiera, cabrón, ¿qué fue? (Ja)
(…)
Si muero espero que no olviden mi rostro (…) en la caja, la bandera azul clarito”
“Ici, ils ont tué des gens pour avoir sorti le drapeau
C’est pourquoi je le porte maintenant partout, mec, qu’est-ce qui se passe ? (Ha)
(…)
Si je meurs, j’espère que les gens n’oublieront pas mon visage (…) sur le cercueil, le drapeau bleu clair”
Alors, ce drapeau symbolise à la fois l’oppression américaine mais aussi un droit légitime à l’indépendance dont Bad Bunny, lui-même, s’est constitué comme étendard. D’ailleurs, cet écho visuel ne se limite pas à l’artiste phare de la soirée, puisque Lady Gaga, autre guest, portait aussi du bleu ciel avec une fleur rouge. Simple coïncidence ?
