Visitie des îles Kouriles: Poutine veut l’Est aussi

Par Benoit Luret, L3 de sociologie

Le 13 août 2026, Vladimir Poutine s’est rendu sur les îles Kouriles, un archipel situé entre la péninsule russe du Kamtchatka et l’île japonaise d’Hokkaidō. En 26 ans de pouvoir c’est pourtant la première fois qu’il s’y rend, mais pourquoi ? La visite, effectuée sur l’île d’Itouroup, intervient dans un contexte de fortes tensions entre Moscou et Tokyo et ravive un différend territorial vieux de plusieurs décennies.

Le contentieux porte principalement sur quatre îles du sud de l’archipel : Itouroup, Kounachir, Chikotan et les îlots Habomai. Elles sont administrées par la Russie, qui les considère comme faisant pleinement partie de son territoire, tandis que le Japon les désigne sous le nom de « Territoires du Nord » et en revendique la souveraineté.

L’origine du différend remonte au XIXe siècle. Le traité de Shimoda de 1855 établissait une frontière entre les deux pays entre Itouroup et Ouroup, avant que le traité de Saint-Pétersbourg de 1875 ne donne à la Russie la partie sud de Sakhaline en échange de la totalité des Kouriles à l’Empire japonais. La situation change radicalement à la fin de la Seconde Guerre mondiale. En août 1945, l’Union soviétique envahit les Kouriles et prend le contrôle des quatre îles aujourd’hui disputées. Depuis lors, Tokyo et Moscou n’ont jamais réussi à régler définitivement la question territoriale.

L’arrivée de Vladimir Poutine sur ces terres revêt donc une dimension largement symbolique. En se rendant directement sur l’une des îles revendiquées par Tokyo, le président russe réaffirme la souveraineté de Moscou sur le territoire. Le Japon a immédiatement dénoncé cette visite, jugée « inacceptable », tandis que Moscou a réaffirmé que sa souveraineté sur les Kouriles méridionales était incontestable.

Après le rapprochement occidental opéré par le Japon, les relations entre Tokyo et Moscou se sont fortement dégradées, rendant aujourd’hui beaucoup plus difficile toute tentative de compromis sur les Kouriles. De plus, pour la Russie, ces îles possèdent par ailleurs une importance stratégique majeure : elles permettent de contrôler l’accès entre la mer d’Okhotsk et le Pacifique et constituent un point d’appui militaire essentiel dans l’Extrême-Orient russe.

En plus de rappeler ce vieux conflit territorial, cette visite illustre la dégradation des relations russo-japonaises et la volonté de Moscou d’affirmer sa présence militaire et territoriale dans le Pacifique. Alors que la Russie est déjà engagée dans une confrontation majeure avec les puissances occidentales en Europe, les Kouriles rappellent que les tensions autour de Moscou dépassent désormais largement le cadre du conflit ukrainien.