Par Axèle Lachèze
Le mardi 29 septembre a été témoin de mobilisations lycéennes rarement observées auparavant. Le 30 septembre, 356 établissements étaient bloqués. Très vite les réseaux sociaux ont été inondés d’images. Des poubelles qui prennent feu, des tirs de LBD en direction d’adolescents revendicateurs, des images d’étranglements, d’arrestations corsées. En seulement deux jours de mobilisation générale, les chiffres officiels montrent 625 arrestations, 83 gendarmes blessés et 119 du côté des manifestants, dont 34 membres de l’Éducation nationale. Des chiffres qui n’avaient jamais été vus au niveau du baccalauréat. Pourtant les plus jeunes ne se laissent pas démonter et prévoient de continuer le mouvement dans les jours à venir.
L’angoisse grandissante des lycéens à propos de leurs perspectives d’avenir
Nombre de jeunes, avant même l’entrée en études supérieures, se disent accablés par le stress et le ras-le-bol. Ils ne se sentent ni écoutés ni respectés par ceux qui doivent s’intéresser à leur bien être. Ils ressentent un stress dû au bac, aux emplois du temps surchargés, au fonctionnement de Parcoursup qui détermine leur avenir.
Alors quelle est leur place dans une France qui selon eux, laisse les études obligatoires se détériorer ? Bien loin d’être les derniers au courant des coupes budgétaires, ils sont les premiers touchés. C’est le cœur même de leurs revendications. Des profs pour toutes les classes, des infirmières et infirmiers en quantité minimum, des remplaçants lorsqu’il ne peut être fait autrement. Comme les hôpitaux, ils demandent des infrastructures entretenues qui ne tombent pas en décrépitude. Une grande partie souhaite la réforme de Parcoursup qui depuis son installation s’est érigé en système inégalitaire. En somme, ce sont les mêmes demandes que pour beaucoup de services publics.
Créteil, berceau des revendications concernant l’éducation nationale
C’est le 17 septembre au lycée Saint-Exupéry à Créteil que les réclamations prennent forme. Le manque de personnel et de moyens provoque un mouvement de protestation chez les enseignants. Très vite, en soutien à leurs professeurs, les élèves s’emparent des démarches et réclament en même temps “l’égalité des chances”. Ils estiment avoir le droit d’être aussi bien traités que les jeunes du XVIème arrondissement de Paris. Spontanément, un petit groupe décide de barrer dès 6h30 l’entrée du lycée. Le jour même un cortège se rend au rectorat de Créteil pour se faire entendre. Là-bas, ils obtiennent un rendez-vous qui mène à des solutions concrètes. Le rectorat leur a affecté un proviseur adjoint et un directeur en formation professionnelle et technologique. Mais ces inquiétudes se prolongent doucement aux lycées environnant puis à l’entièreté du territoire.
La multiplication des soutiens dans toute la France
Dès le 21 septembre des responsables politiques comme Clémence Guetté ou Louis Boyard, députés LFI, se rendent sur les blocus. Les jeunes le disent, ils se sentent enfin soutenus. Ils espèrent que grâce à cela, leur voix sera entendue aux endroits où ils ne peuvent pas se rendre. En début de semaine des élus de LFI, comme Bally Bagayoko, se rendent sur les blocus pour essayer d’apaiser les tensions et apporter leur soutien. Le mouvement se voit soutenu par l’UNEF, La Fage et l’Union Étudiante qui appellent à des manifestations et aux blocages généraux à compter du jeudi premier octobre.
Laurent Nuñez et Edouard Geoffray eux, dans un télégramme consulté par l’AFP déclarent que “l’expression des lycéens doit être respectée, les actions violentes ne sauraient être tolérées”. Ainsi les forces de l’ordre sont envoyées en cas de violence ou si un chef d’établissement en fait la demande. Depuis, trois enquêtes de l’IGPN ont été ouvertes suite à des blessures graves. Le mercredi 30 septembre, le ministre de l’Intérieur affirme que la réponse des forces de l’ordre est proportionnée aux agissements des bloqueurs.
Les tensions montent et les militants s’emparent de la situation. À Bordeaux, les étudiants d’études supérieures se posent comme soutien et rejoignent les lycéens dans la rue dès le mardi 29 septembre. Devant le lycée Gustave Eiffel, une façade de maison est brûlée et partout en France le gaz lacrymogène et les tirs de mortiers se multiplient. Le même jour, les pompiers font grève. Leurs revendications sont quasiment similaires : des moyens et une reconnaissance accrue. Le jeudi annonce la poursuite des protestations. Dans la matinée du premier octobre, différentes facultés de la commune sont bloquées, les réseaux TBM sont perturbés, les services publics organisent leur propre manifestation à différents endroits de la commune. Le mouvement des étudiants fait grand bruit et attire des partisans de tout bord. L’Union étudiante et l’Union syndicale lycéenne quant à elles appellent à une grande manifestation le mardi 6 octobre. Sébastien Lecornu, en réponse à la montée des protestations, a convoqué une cellule de crise ce jeudi à 13 heures.
La volonté du gouvernement d’apaiser les tensions
Le gouvernement n’est pas resté insensible à tout ceci et prévoit d’ouvrir une plateforme de concertation au début de semaine prochaine. Ce dispositif vise à recueillir les réclamations des protestataires. Suite à cela des solutions sont promises, notamment celle de transparence dans la diffusion des demandes et des réponses qui peuvent leur être apportées. Dans les 48 heures qui suivent la mise en place de ce dispositif, les recteurs, institués en conseil académique de la vie lycéenne, doivent être convoqués. Convocation qui pourra mener au besoin, à des réunions de conseils de l’administration et à l’organisation de réunions des conseils de la vie lycéenne.
Sources : Radio France, France Info, Le Monde, Sud Ouest, Ouest France
